Tristan & Isolde

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Opéra en 3 actes de Richard Wagner
Livret du compositeur
Créé le 18 juin 1865 au Königliches Hof-und National Theater, Munich

direction musicale: Daniel Kawka
mise en scène: Olivier Py
décors, costumes: Pierre-André Weitz
assistants: Wissam Arbace (mise en scène), Bertrand Killy (lumières)
avec
Elaine McKrill , Isolde
Leonid Zahozhaev , Tristan
Martina Dike , Brangäne
Jirky Korhonen , Le Roi Marke
Alfred Walker , Kurwenal
Christophe Berry , un jeune marin, un berger
Eric Vrain , un pilote
Eric Huchet , Melot
Orchestre et Choeur de l’Opéra de Dijon

 

Dans la fosse, les effectifs réunis sous la baguette de Daniel Kawka déploient une sonorité cohérente, indiscutablement convaincante: travail sur la transparence et la motricité des cordes, relief sensuel des bois (hautbois, bassons, clarinettes), opulence gourmande et parfois sarcastique des cuivres: aucun doute, le chef, ailleurs directeur de l’Ensemble orchestral contemporain, connaît son Wagner. Il apporte en amoureux de la partition, un geste généreux, profond, intensément lyrique, qui en particulier dans l’acte de la nuit (celui de l’aveuglement des amants avant qu’ils ne soient donnés par Melot), est capable de s’embraser jusqu’à la fièvre, obtenant des musiciens un superbe tapis sonore: rien de mieux pour rehausser la magie visuelle qui se déroule sur la scène: succession de tableaux différents d’une même chambre, conçus comme les états d’une transe et d’une métamorphose émotionnelle vécues par le couple magnifique. Adaptée à la démesure du cadre, l’ampleur des effectifs requis débordent parfois de la fosse et submerge à quelques endroits les chanteurs, mais l’unité et la tension poétique que fait gravir à ses interprètes, le chef très inspiré, s’avèrent gagnantes. Nous n’avons pas depuis longtemps écouté un Tristan aussi sensuel et électrique, entre extase, abandon, tendresse, amertume. La violence radicale à l’oeuvre n’en est que plus explicite: Tristan, opéra tragique et langoureux? Pas réellement dans la vision de Daniel Kawka: c’est plutôt une décharge permanente et électrique d’énergie et d’hymnes extatiques. Tristan comme Yseult s’y montrent déterminés, tendus vers la mort, entendus comme seule issue de délivrance et de dépassement.

(…)

Ainsi s’achève en 2009, le périple de la production mythique signée Olivier Py (qui marque aussi la fin de la saison lyrique de l’Opéra de Dijon). L’étape dijonaise a démontré l’assurance flamboyante et même électrisée (II) du chef Daniel Kawka dont le travail se poursuit actuellement autour du Crépuscule des Dieuxet des opéras de Richard Strauss.Tristan, Brangäne, Marke y a composé une triade miraculeuse portée par l’allant superlatif de l’orchestre réuni (Camerata de Bourgogne et Orchestre de Dijon). Dommage qu’en son centre “miraculeux”, le chant de la soprano Elaine McKrill, choisie pour Dijon, nous a paru moins évident.
Preuve est donnée quoiqu’il en soit que les meilleures productions passent aussi en province. Il faudra attendre encore quelques années pour voir ce spectacle inouï à Paris. La nouvelle saison 2009-2010 de l’Opéra de Dijon promet de prochaines surprises et découvertes dont classiquenews se fera bientôt l’écho.

Alexandre Pham, Classic News

 

Daniel Kawka a opéré un travail magnifique avec l’orchestre de Dijon. La partition complexe donne l’impression d’être parfaitement maîtrisée : les Leitmotive surgissent avec efficacité, les plans sonores sont différenciés avec habileté, les préludes des premier et troisième actes nous plongent dans l’atmosphère voulue, surtout celui du troisième qui fait retentir superbement le Leitmotiv de la solitude ; le solo de cor anglais relaie cette impression d’une façon angoissante. Des danseurs de capœira apportent du dynamisme à cette ambiance un peu étouffante.

Le plateau est à la fois homogène et convaincant. Le roi Marke est admirablement présent grâce à la voix de basse puissante de Jyrki Korhonen. Elaine McKrill interprète le rôle titre avec subtilité et l’air final « Mild und leise » est conforté par sa musicalité. Le duo d’amour la laisse parfois en dessous du timbre éclatant de Leonid Zakhozhaev : le dialogue entrelacé « O sink Hernieder » ne se fait pas à parts égales. Il faut décerner une mention spéciale à Martina Dike, qui possède une magnifique voix wagnérienne ; elle allie la puissance à la chaleur du timbre, et elle sait aussi se mêler poétiquement à la pâte orchestrale dans « Haben acht » lorsqu’elle est la « gaite de la tour ».

Joelle Farenc, Resmusica

 

Et saluons Daniel Kawka qui, dès le prélude, ajoute à cette ambiance fascinante. Voilà un chef qui sait prendre son temps et ne craint pas les silences. Il a raison car, superbes, ils plongent le spectateur dans un bain métaphysique, ajoutent au magnétisme de la représentation. La palette sonore de la Camerata de Bourgogne-Orchestre de Dijon, est subtile et éclairante, le cor anglais (joué sur scène) est tout à la fois vibrant,
lumineux et désespéré.

Isabelle Stibbe, Anaclase

 

Succédant à l’Américain J. A. le chef français Daniel Kawka, par sa direction souple, d’une grande lisibilité dans la mise en valeur des leitmotive, sait sans cesse relancer l’intérêt. Les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Dijon et de la Camerata de Bourgogne, sous sa baguette précise et claire, réalisent des miracles de concentration et d’intensité qu’on ne leur connaissait pas, à l’image du cor anglais de Jean-François Louis, d’une belle tenue de souffle qui semble percer l’air raréfié. Par son homogénéité, son engagement, sa poésie, l’ensemble de cette représentation est un moment privilégié, réalisant à sa manière cette osmose entre théâtre et musique que souhaitait Wagner

Michel Le Naour, Concertclassic.tv

 

Après Genève et Angers-Nantes, Dijon ! L’Auditorium de la capitale bourguignonne accueillait pour deux soirées le déjà mythique Tristan d’Olivier Py, qu’on croyait à jamais réservé aux bords du Lac Léman. Parfaite intégration à la salle, orchestre local métamorphosé, distribution d’un meilleur niveau qu’à Bayreuth l’été passé ; bref, une réussite exemplaire.
(…)
La plus grande surprise de la soirée reste toutefois la prestation de l’Orchestre de Dijon, sans doute largement fortifié, qui distille un fondu, une pâte sonore de très belle qualité, où manquent parfois dans le détail certaines aspérités, mais avec une homogénéité et une couleur crépusculaire remarquables.

La direction de Daniel Kawka n’y est pas pour rien, toujours attentive à ne pas couvrir le plateau, réservant ses déflagrations pour les moments à orchestre seul, et d’une magnifique fluidité, d’une qualité de finition transfigurée par des transitions qui laissent le souffle coupé – celle précédant immédiatement la Liebestod offrant l’expérience de l’apesanteur dans l’expectative – et un soin des timbres accouchant d’un monologue du roi Marke parmi les mieux dirigés qu’on ait entendus : vivant, au service du texte, de la déclamation, dénué de toute emphase.
De la distribution, on retiendra l’homogénéité globale, supérieure à ce qu’offrait encore l’été dernier Bayreuth, grâce notamment au choix de voix claires de couleur comme de diction.

Yannick Million, Alta Musica