Ravel – concertos pour piano, Schmitt

OSE-Kawka-larderet

 

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CD, compte rendu critique. Ravel / Schmitt. Larderet, Ose, Daniel Kawka, direction (1 cd Ars produktion). L’excellent Daniel Kawka s’attache pour ce premier disque avec Ose le nouvel orchestre qu’il a fondé depuis 2013, au Ravel somptueusement coloriste et d’un souci rythmique tout autant ciselé, trouble, impétueux, souvent déconcertant. Preuve est faite que le maestro aborde comme peu aujourd’hui le répertoire français du XXè avec une finesse convaincante voire enchanteresse.  D’emblée, le programme réjouit par sa justesse de lecture et l’intelligence du couplage, regroupant 3 œuvres esthétiquement proches, datables du début des années 1930. La superbe lecture du Concerto pour piano pour la main gauche (1929) de Ravel, convainc : dès le début, les climats scintillants, riches en résonances multiples (effet de gong), associant parfums d’Asie et rumeurs guerrières, comme en un voile obscur et diffus fourmillent, menaçants et suractifs, avant que les cordes orientent magiquement et subtilement le flux musical, vers la lumière enfin reconquise : déchirement et aube où jaillissent des harmonies dissonantes d’un monde instable. C’est euphorie orchestrale aux miroitement inouïs montre l’hypersensibilité du chef et de ses instrumentistes : ils offrent un tapis exceptionnellement vibrant et palpitant au pianiste soliste, lui aussi en phase émotionnelle avec ses confrères. L’intériorité, l’appel à la paix, au rêve, au songe s’expriment et se  libèrent au fur et à mesure ; l’équilibre préservé piano et instrumentiste rétablit cette verve narrative de l’Allegro central, où Ravel fait scintiller chaque famille d’instruments avec un relief mordant parfois jazzy (les deux Concertos font suite à la découverte par Ravel de l’urbanité américaine lors d’un voyage aux States, de 5 mois en 1928), produisant cette facétie presque innocente que Daniel Kawka sait ciseler avec la finesse et ce goût de la vibration détaillée, entre ivresse et quasi implosion contrôlée, que nous lui connaissons (et qui faisait par exemple tout l’intérêt de ses Wagner dijonais en 2014). La jubilation des instruments fait sens avec d’autant plus de cohérence que le chef caractérise chaque séquence sans omettre le flux organique qui les relie l’une à l’autre.

Intercalaire d’un onirisme non moins prenant, et ici enregistrée en première mondiale, la version pour piano et orchestre du poème symphonique “j’entends dans le lointain” d’un Florent Schmitt sexagénaire (1929), est une sublime immersion poétique de 11 mn (inspirée du vers du Lautréamont des Chants de Maldoror) qui comme les deux Ravel, fait valoir et la brillance feutrée du soliste et les couleurs de l’orchestre, sans omettre, la maîtrise du chef à assembler les parties en une totalité organique, d’un flux mobile et irisé. Du matériau musical façonné par l’élève de Massenet et de Fauré et qui fut Prix de Rome en 1900 puis membre de l’Institut en 1936, Daniel Kawka fait entendre les élans cosmiques d’une partition qui soigne et l’intime et l’expression d’un espace plus vaste, parfois inquiétant parfois flamboyant, coloré par le cri, la douleur, l’angoisse nés de la guerre. Sans jamais épaissir la texture orchestrale, toujours partisan de la clarté et d’une souveraine transparence, le maestro très inspiré par le répertoire offre une leçon de direction, à la fois claire et profondément habitée. Schmitt fait entendre sa résignation face à la fatalité : rien n’empêche la barbarie humaine, rien ne peut juguler l’horreur qu’a l’homme à produire l’innommable. D’une sensualité debussyste et d’une douleur fauréenne, la partition originellement pour piano seule (et l’une des plus difficiles du répertoire comme l’est le Gaspard de la nuit de Ravel), déploie des sonorités inédites, fortes, intenses, violentes au diapason d’une conscience qui semble mesurer la terreur absolue qu’impose la guerre. Le geste du chef rétablit la gravité inquiétante de la partition : l’une des plus captivantes de son auteur avec La Tragédie de Salomé ou “Le petit elfe Ferme-l’œil“, toutes deux, partitions du début de la carrière de Schmitt (propres aux années 1910).

Le programme se conclut avec le Concerto en sol, achevé en 1931, en trois mouvements : Allegramente, Adagio assai et Presto, d’une ivresse constellée de subtilités instrumentales et rythmiques d’une acuité permanente. Le chef exploite toutes les nuances et chaque accent qui intensifient l’ambiguité harmonique et rythmique en particulier dans le mouvement lent (Adagio assai) : à travers l’hyperactivité des instruments et la complicité qu’établit le piano avec ses partenaires (flûte, surtout cor anglais), toute la rêverie lointaine s’exprime et se libère en une extase collective irrésistible. La course finale (Presto) engagée par le clavier suivi par bois et cuivres avant le basson impétueux revêt des allures de marche volubile et lunaire d’un allant aussi vif que détaillé. L’option instrumentale qui rétablit les justes proportions que souhaitait Ravel, en particulier les cordes à maximum 60 musiciens, apporte ses bénéfices, accusant la clarté et la transparence de la texture enfin restituée. Dans les deux Ravel; le pianiste suit, en complice éclairé, le souci des nuances et l’équilibre instrumental défendus par le chef : une entente indiscutable fait rayonner l’affinité des interprètes avec les œuvres choisies. Immense coup de coeur et donc CLIC de classiquenews de septembre 2015. 

Critique ClassiqueNews du 27/08/2015 par Alexandre Pham

 

CLIC D'OR macaron 200

 

 

  • Vincent Larderet: piano
  • Orchestre: Ose
  • Daniel Kawka: direction