Pelléas et Mélisande

PELLEAS-ANO-575

Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes Tim Northam
Lumière François Thouret
Chef de choeur Xavier Ribes

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Orchestre National des Pays de la Loire

 

Mais la soirée reste fascinante (…) l’Orchestre National des Pays de Loire (…) joue impeccablement une partition qu’il possède à la perfection, et la familiarité avec la partition de Daniel Kawka, spécialiste de la musique contemporaine, est complètement audible. Transparence maximale qui n’est pas seulement due à l’effectif réduit, je ne crois pas avoir déjà entendu une telle radiographie de Pelléas, où les motifs sont exaltés sans être jamais soulignés, et où la mise en valeur de chaque plan n’empêche pas une poussée permanente. Il faut au moins écouter la scène de la grotte (II,3), miraculeuse… chaque détail est saillant, et pourtant on a l’impression d’être sans cesse rejeté par l’avant. Et quelle élégance suprême dans le grand duo de l’acte IV – par exemple le hautbois dans « on dirait qu’il a plu dans mon cœur », qui prend son temps avec liberté, ineffable comme jamais.
Les équilibres, les respirations, tout force l’admiration.

Une des grandes directions de Pelléas, j’aurais peine à citer un chef qui m’ait davantage satisfait ici alors même qu’on dispose au disque des plus grands noms et orchestre, et de très belles réussites.

”David

 

Un autre artiste authentique, dans la fosse : Daniel Kawka, qui, avec la simplicité et la modestie des très grands, dirige un orchestre des Pays de la Loire en excellente forme, homogène, chauffé à blanc. La mer qui bat les côtes du royaume d’Allemonde n’est pas celle des aquarelles normandes de Boudin, ou des marines mauves de Monet à Etretat. C’est l’océan sauvage au large d’Ouessant, ses ressacs sombres et sa houle farouche.

Avec un instinct très sûr de la progression du temps, Daniel Kawka ménage des tempi fatidiques, et à chaque moment-clé, un silence stratégique – « cet agent d’expression qui est peut-être la seule façon de faire valoir l’émotion », comme le recommandait Debussy. Qui déplorait par ailleurs « l’orchestre-cocktail, un composé genre boisson américaine, où l’on mélange dix-huit produits, tous les goûts particuliers disparaissent ». A Nantes, la saveur pure du pupitre de bassons, qui projette sur l’opéra une pénombre de sous-bois, ou les pizzicati corsés des contrebasses, l’auraient réjoui.

Gilles Macassar, Télérama 31 mars 2014

 

Acteur essentiel de cette noire aventure sentimentale, le chef Daniel Kawka place la partition sous une lumière directe pour en révéler les moindres détails. C’est aussi grâce à lui que « Pelléas et Mélisande » quitte les brumes de l’approximation et de l’indécision pour un expressionnisme saisissant.

Philippe Venturini, Les echos.fr, 27 mars 2014

 

Comme jadis  pour le Château de Barbe-Bleue selon Patrice Caurier et Moshe Leiser, Daniel Kawka réglait son orchestre sur le plateau, en millimétrant le temps dramatique pour  se caller sur la mise en scène jusque durant les interludes qu’Emmanuelle Bastet transforme en autant de narrations. On ressortait de Graslin en se disant qu’enfin on avait regardé l’ouvrage de Debussy en face, sans plus rien s’en dissimuler.

Jean-Charles Hoffelé, Concertclassic.com 31 mars 2014

 

A cela s’invite l’éloquence millimétrée de l’orchestre qui sous la direction souple, évocatrice, précise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrésistible mis au diapason des innombrables images et références marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnérien et malhérien, élégantissime, nuancé, aborde la partition avec une économie, une mesure boulézienne, sachant aussi éclairer avec une clarté exceptionnelle la continuité organique d’une texture orchestrale finement tressée (imbrication des thèmes, révélée ; accents instrumentaux, filigranés : bassons pour Golaud, hautbois et flûtes amoureux pour Mélisande et Pelléas…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un régal). Le geste comme les options visuelles réchauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraît distancié, froid, inaccessible. La réalisation scénographique perce l’énigme ciselée par Debussy en privilégiant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscéralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilité poétique, toujours magistralement suggestive, revient le mérite d’inscrire le mystère (si proche musicalement et ce dès l’ouverture, du Château de Barbe Bleue de Bartok, – une œuvre qu’il connaît tout aussi profondément pour l’avoir dirigée également pour Angers Nantes Opéra), de rétablir avec la même évidence musicale, le retour au début, comme une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat énigmatique et suspendu de l’ouverture. Pelléas rejoint ainsi le Ring dans l’énoncé d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacité qu’apporte le chef se révèlent essentielles aussi pour la réussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le génie de la couleur et de la transparence.

Philippe Alexandre Pham, Classiquenews 27 mars 2014

 

Après nous avoir subjugué in loco dans Le Château de Barbe-Bleue il y a deux saisons, l’excellent chef Daniel Kawka confirme ce soir ses indéniables affinités avec la musique du début du XXe siècle. Il obtient de l’Orchestre National des Pays de la Loire de forts belles qualités de nuances, des transparances réelles, des subtilités très remarquables, le tout au sein d’une vision très construite, utilisant à plusieurs reprises un tempo certes ralenti, mais jamais solennel.

Emmanuel Andrieu, Opera-online.com, 30 mars 2014

 

Au pupitre, Daniel Kawka (…) le geste toujours précis soigne chaque détail, s’ombre de réminiscences parsifaliennes qui font peser sur l’ouvrage de lourds nuages, en parfait accord avec le spectacle en forme de diamant noir poli par Emmanuelle Bastet.

Emmanuel Dupuy, Diapason, 27 mars 2014
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