Julie

julie

 

Opera de Philippe BOESMANS
Opéra en un acte (2005)
Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d’après la pièce Mademoiselle Julie d’August Strindberg

Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Matthew Jocelyn
Scénographie, décors Alain Lagarde
Costumes Zaïa Koscianski
Lumières Pierre Peyronnet

Julie Carolina Bruck-Santos
Jean Alexander Knop
Kristin Hendrickje Van Kerckhove

Orchestre de Limoges et du Limousin

 

La réussite, car il convient d’entrée de parler de réussite, de cette reprise de Julie de Boesmans à l’Opéra Théâtre de Limoges, est toute entière suspendue et soumise à un incroyable équilibre, à une alchimie de la triangulation entre musique, voix et progression dramatique. Trois paramètres à équidistance du point nodal de l’œuvre – l’unité de lieu, d’action et de temps – où se cristallise l’inéluctable destiné qui vient broyer les protagonistes. Au-delà s’y révèle dans une acception universelle, l’individu prisonnier de déterminismes sociaux auxquels il ne saurait échapper en dépit d’illusoires révoltes et vains combats. Equilibre, soulignons-le, qui tient aussi bien sur le fond que sur la forme, à la perspicacité de Daniel Kawka. Sa direction tranchante et précise comme le fil du rasoir qui vient sceller le drame par le sacrifice de l’héroïne, découpe l’espace de cette tragédie antique avec une intelligence et une habileté sans faille. Car l’enjeu est bien cette syntaxe si particulière au style de Boesmans qui répond aux exigences des rapports entre des individus. L’univers sonore de Boesmans tantôt dénoue tantôt contracte l’espace-temps dévolu à la tragédie. Dans un va-et-vient quasi reptilien de resserrements et de soudaines expansions dynamiques, la matière musicale tisse implacablement sa toile. Toute l’œuvre est ainsi traversée par cette pulsation où les acteurs du drame hésitent et se perdent pour mieux se retrouver et à nouveau se confondre entre fuite en avant et repentir. La conduite de Kawka à la fois fait sienne le flux musical tout en le portant, le colorant et le rythmant en parfaite osmose avec le chant. De sa vigilance dépend cette fragile cohésion de l’ensemble faite de respirations alternées, de brusques élans et d’étirements mélodiques en apnée.

Roland Duclos, Forumopera.fr, 15 Mai 2012