Ariane & Barbe-Bleue

ARIANE_BARBE-BLEUE_5

 

Poème Maurice Maeterlinck
Musique Paul Dukas

Orchestre DIJON BOURGOGNE
Choeur de l’Opéra de Dijon
Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Lilo Baur
Scénographie Sabine Theunissen
Assistante à la mise en scène Mary Lousi
Costumes Greta Goiris
Lumières Gilles Gentner

Chef de chœur Mihály Zeke
Chef de chant Brigitte Clair

avec
Ariane Jeanne-Michèle Charbonnet
Barbe-Bleue Damien Pass
La nourrrice Delphine Haidan
Sélysette Carine Séchaye
Ygraine Gaëlle Méchaly
Mélisande Emmanuelle de Negri
Bellangère Daphné Touchais
Alladine Erifili Stefanidou

 

 

C’est bien la transposition moderne d’un symbolisme intemporel qu’a réussi la metteure en scène allemande. Quand s’élève le chant sublime des “cinq filles d’Orlamonde”, nous frissonnons. C’est gagné : quelle jolie révélation pour le public que ces deux jeunes chanteuses, Carine Séchaye (Sélysette) et Emmanuelle de Negri (Mélisande). La Bellangère de Daphné Touchais ne manque pas de grâce non plus. La mise en scène de l’acte II de cet opéra, illustrant la victoire de la lumière sur la peur du noir, fait irrésistiblement penser aux films muets de Fritz Lang, période allemande et particulièrement à ses “Nibelungen”. Jusqu’à la fin de l’acte III, l’orchestre est désormais à la hauteur de cette partition complexe et vraiment symphonique, tressant ses ensorcellements mélodiques et sa magie harmonique.

La revue du spectacle.fr

 

….la nappe sonore enrichissant une texture orchestrale absolument captivante. Car la direction de Daniel Kawka accomplit de nouveau des miracles dans la fosse dijonnaise, transcendant comme jamais l’Orchestre Dijon Bourgogne, ce soir ouvragé, solide et parfaitement homogène.

Fort d’un éventail dynamique aussi large que l’ouverture de scène, appuyé sur une acoustique de rêve dont il domestique les possibilités – des silences calés à la perfection sur la résonance –, le chef français aborde la partition en nuancier de climats, des étranges mixtures d’orgue brucknériennes initiales à la fièvre exploratrice des portes, des glauques souterrains dans la lignée des étendues lacustres du Pelléas de Karajan à une conclusion du II aveuglante de lumière, annonçant le Saint François de Messiaen.

Cette variété d’atmosphères – le prélude du III, véritable manteau d’arlequin – permettant de creuser la donnée psychologique, jamais on n’avait senti à ce point chez les filles d’Orlamonde la peur teintée de dévotion à l’égard du tyran meurtri, leur hésitation et leur fidélité à Barbe-Bleue, leur incapacité à le quitter, traduite à merveille par des tenues de cordes impalpables, nimbées de tristesse.

Un accomplissement orchestral….

Altamusica

 

Peu représenté, Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas, conte en trois actes sur un livret de Maeterlinck créé à l’Opéra Comique en 1907 (cinq ans donc après Pelléas et Mélisande, dont Dukas avait d’emblée été un fervent défenseur), est une œuvre complexe tant sur le plan musical que théâtral. Toujours inventif dans sa programmation, l’Opéra de Dijon a relevé le gant sous la direction stylistiquement parfaite de Daniel Kawka et dans une mise en scène au symbolisme affiché de la Suissesse Lilo Baur.

Pari tenu sur le plan orchestral : Daniel Kawka (photo), à la tête d’un Orchestre Dijon Bourgogne tour à tour fin et incandescent, donne leur raison d’être aux effluves symphoniques d’une partition en mobilité harmonique constante, à l’architecture claire et au couleurs luxuriantes. La scénographie de Sabine Theunissen et la direction d’acteur de Lilo Baur apprivoisent un espace très large habité par des panneaux déplacés à vue au gré de l’ouverture des portes. Un dispositif vertical descendu des cintres symbolise le passage des ténèbres de l’enfermement à la délivrance.
Le plateau est malheureusement en partie décimé par les affres de l’hiver mais, malgré tout, l’Ariane de Jeanne-Michèle Charbonnet (aux aigus poussés et parfois instables) et la nourrice de Delphine Haidan (à l’émission réduite) réussissent à vaincre l’adversité. Le problème réside pourtant dans la difficulté à saisir le texte de Maeterlinck tant la diction se révèle la plupart du temps incompréhensible.

Les cinq femmes de Barbe-Bleue sont bien caractérisées (Sélysette de Carine Séchaye, Ygraine de Gaëlle Méchaly, Mélisande d’Emmanuelle de Negri, Bellangère de Daphné Touchais, Alladine d’Erifili Stefanidou), en particulier quand elles refusent de se libérer de l’emprise de Barbe-Bleue, incarné par un Damien Pass plus théâtral que vocal (scène impressionnante que celle où, ligoté par les paysans, il est livré à Ariane). Les Chœurs de l’Opéra de Dijon, très fournis, scandent avec ferveur à la manière de la tragédie grecque les différents épisodes de l’action.

Somme toute un remarquable moment de musique pure à mettre au crédit de l’Opéra de Dijonet qui permet de mieux comprendre l’admiration qu’Olivier Messiaen portait à son maître Paul Dukas, coloriste comme lui devant l’Eternel.

Michel Le Naour

Dés ténèbres au plein midi

Les chœurs, parfaitement incompréhensibles eux aussi, restent cantonnés à la fonction coloriste, à la nappe sonore enrichissant une texture orchestrale absolument captivante. Car la direction de Daniel Kawka accomplit de nouveau des miracles dans la fosse dijonnaise, transcendant comme jamais l’Orchestre Dijon Bourgogne, ce soir ouvragé, solide et parfaitement homogène.

Yanick Millon, Altamusica, 11/12/2012